Réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale 2026 à Bangkok
par David Lawder
Les États-Unis ne peuvent sortir de la spirale de l'endettement avec la seule croissance économique, Washington n'ayant pas d'autre choix que de procéder à des ajustements fiscaux ou budgétaires, a déclaré mercredi la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva.
S'exprimant à l'occasion des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale qui se tiennent cette semaine à Bangkok, elle a également soutenu que la Chine devait cesser de dépendre des exportations pour s'orienter davantage vers la consommation intérieure.
La directrice de l'organisation financière exhorte ainsi les deux plus grandes économies mondiales à changer radicalement de cap afin de réduire les déséquilibres budgétaires et commerciaux.
Ces déclarations font écho à celles du directeur du département des finances publiques du FMI, Rodrigo Valdes, qui a souligné plus tôt ce mercredi que l'inflation, les niveaux élevés d'endettement et la flambée des rendements obligataires avaient accentué l'urgence d'un assainissement budgétaire à l'échelle mondiale.
Kristalina Georgieva a désigné les économies avancées, à savoir les États-Unis et les pays européens, comme les "pires contrevenants" en matière d'endettement, la hausse des taux d'intérêt de référence ayant des répercussions sur les pays à faibles revenus, déjà contraints par les marchés financiers à maîtriser leur dette.
Interrogée lors d'une conférence de presse sur la nécessité pour Washington d'adopter une politique budgétaire plus restrictive, la patronne du FMI a répondu que le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, reconnaissait que les niveaux de déficit et d'endettement des États-Unis étaient trop élevés et devaient être maîtrisés.
"Les autorités comptent beaucoup sur une forte croissance aux États-Unis (...) Au FMI, nous estimons que la croissance aide bien sûr, mais qu'elle ne permet pas d'opérer les ajustements nécessaires assez rapidement. Certaines mesures (budgétaires, NDLR) seraient donc nécessaires", a-t-elle ajouté.
Début août, le département du Trésor américain a la dette totale des États-Unis a dépassé pour la première fois les 40.000 milliards de dollars - ce qui représenté quelque 123% du PIB 2026 estimé de la première économie mondiale.
MESSAGE URGENT
L'appel à une action plus résolue pour réduire la dette est également au coeur du rapport "Fiscal Monitor", publié ce mercredi par le FMI, qui souligne que tout retard dans ces efforts ne fait que compliquer la tâche pour les années à venir.
"Nous avons renforcé le caractère urgent de notre message", a dit mercredi Rodrigo Valdes, qui estime que la flambée des rendements obligataires laisse aux gouvernements une marge de manoeuvre budgétaire très réduite.
"Les résultats budgétaires de cette année sont pires que prévu il y a six mois et pires qu'il y a un an", avait-t-il déclaré lors d'un entretien accordé à Reuters l'occasion de la réunion du FMI dans la capitale thaïlandaise.
La flambée des prix du pétrole dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, une demande d'investissement plus soutenue et une croissance du secteur de l'IA plus forte que prévu ont entraîné une forte hausse des rendements souverains à long terme ces derniers mois.
La France a été particulièrement touchée par ces tensions ces dernières semaines, alors qu'elle peine à maîtriser son déficit budgétaire, supérieur à 5% du produit intérieur brut (PIB).
Le rendement moyen des obligations d'État des pays du G7 à 10 ans a quant à lui progressé de plus de 110 points de base entre février et septembre, atteignant son plus haut niveau en près de vingt ans, selon le FMI.
L'organisation estime en outre que le coût moyen effectif du financement public devrait atteindre 3,7% d'ici 2031, contre 2,3% en 2021.
ABSENCE DE BESSENT
Le secrétaire au Trésor américain ne participe pas aux réunions annuelles de Bangkok, la campagne pour les élections de mi-mandat s'intensifiant, et ce bien que les États-Unis assurent cette année la présidence du G20.
Scott Bessent a joué le rôle de porte-parole principal des politiques économiques du président Donald Trump, vantant notamment les réductions d'impôts adoptées l'année dernière par les républicains, qui sont désormais confrontés au défi de conserver le contrôle du Congrès.
Les ministres des Finances du G20 doivent se réunir jeudi en marge des réunions de Bangkok.
Washington a profité de sa présidence du forum pour tenter de convaincre ses partenaires d'adopter des mesures plus fermes visant à contrer les politiques économiques de Pékin, qui ont entraîné une surcapacité industrielle et un afflux massif d'exportations chinoises à l'échelle mondiale.
"Les pays excédentaires doivent augmenter leur consommation intérieure. Cela s'applique clairement au modèle de croissance de la Chine. Il faut passer d'une économie davantage axée sur les exportations à une économie davantage axée sur la consommation intérieure", a déclaré Kristalina Georgieva devant les journalistes.
"Pour le dire très simplement, la Chine doit dépenser davantage, les États-Unis doivent épargner davantage et l'Europe doit investir davantage", a-t-elle ajouté.
Le FMI estime dans ses dernières prévisions que l'économie mondiale parviendra à enregistrer une croissance supérieure à 3% en 2026 grâce aux investissements dans l'IA, qui compensent le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient, tout en méttant en garde contre des risques liés à une vague de ventes dans la technologie, la hausse des rendements de la dette souveraine ou les cyberattaques.
(Reportage David Lawder et Andrea Shalal ; version française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)

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